
« La source de la plupart de nos fatigues est ce besoin intemporel et universel de trouver sens. Seulement, nous n’obtenons pas aussi facilement qu’avant cette reconnaissance. Donner beaucoup de forces dans un travail qu’on aime génère de la bonne fatigue. Mais, aujourd’hui, les hommes doivent être toujours rapides, efficaces, s’adapter de manière permanente à l’impermanence. Un caméléon sur un patchwork devient fou. Aujourd’hui, le travailleur est comme un caméléon sur un kaléidoscope. Quand on fait un métier qu’on aime, qu’on maîtrise, on éprouve le plaisir de bien savoir faire son pain, son cours, son opération chirurgicale. La confiance invite au dévouement, à l’effort d’en être digne. Or, au nom des idéaux d’efficacité, de rentabilité et d’adaptabilité, le boulanger, le professeur, le chirurgien sont sans cesse évalués et se sentent l’objet d’une méfiance. Le travailleur ne risque-t-il pas de perdre le désir du dévouement ? Je m’inquiète d’un monde où le «faire savoir» importerait plus que le savoir-faire. Ajoutons que, dans cette société de la performance, notre Jupiter, lui, l’infatigable, a un peu tendance à considérer ceux qui n’arrivent plus à marcher, comme des fainéants. »